dimanche 5 mars 2017

[Rencontre auteur] Rencontre lors du salon Bloody Fleury 2017 - Olivier Norek



Le week-end du 3 au 5 février 2017 se tenait à Fleury-sur-Orne un petit salon ayant pour thème le polar. Plusieurs auteurs du genre étaient le samedi et/ou le dimanche afin de pouvoir rencontrer les lecteurs et parfois participer à des conférences.
Le vendredi 3, j'ai pu me joindre à la rencontre avec Olivier Norek dans une médiathèque des alentours, afin d'en découvrir plus sur lui. On peut dire que ça tombait plutôt bien, je venais juste de finir "Code 93" à ce moment, donc c'était franchement une bonne occasion de rencontrer l'auteur avec en plus l'histoire encore bien en tête.

La rencontre se déroulait dans l'amphithéâtre de la médiathèque et était animée par la libraire et chroniqueuse littéraire Sophie Peugnez. Une rencontre vraiment enrichissante dont je vous partage quelques informations.
Petite précision : je n'ai pas pris exactement en note les propos d'Olivier Norek. Cela signifie que je n'ai pas les phrases exactes qu'il a pu prononcées lors de la rencontre, mais l'essentiel de son propos sera retranscrit.




• Par rapport au roman "Code 93" où le roman débute avec la découverte du cadavre d'une femme âgée dont l'appartement contenait des stupéfiants, l'auteur dit qu'il est fréquent de tomber sur une telle situation (pour la drogue dans l'appartement, pas pour le décès de la personne). En effet, ici en Seine-Saint-Denis comme dans le roman, les dealers utilisent les personnes isolées telles que des personnes âgées ou des femmes enceintes, afin de planquer la drogue dans l'appartement de ces personnes. Cela permet alors au dealer de ne pas se trouver avec plusieurs kilos de stupéfiants en sa possession s'il venait à être arrêté par la police, puisque son stock est dans les appartements et qu'il est alors en possession de seulement quelques grammes.

• Olivier Norek a construit des personnages banals afin que l'on puisse s'y identifier. En effet, les personnages sont des personnes que l'on croise dans la vie de tous les jours avec des célibataires comme Coste, une femme mariée avec des enfants comme Johanna ou encore un homme cherchant l'amour comme Ronan. 

• De ce fait, l'auteur tient toujours à ce que chaque personnage ait une part d'humanité ainsi qu'une part sombre en lui. Même les pires criminels ont une pointe d'humanité en eux, car comme ils le dit, des assassins peuvent très bien aller tous les jours chercher leurs enfants à l'école par exemple comme beaucoup de parents. Olivier Norek cherche même à ce que le lecteur en vienne à hésiter entre vouloir voir le criminel arrêté ou vouloir que le criminel arrive à s'échapper dans ses romans.

• Les personnages de ses romans sont toujours construits à partir de deux ou trois personnes réelles.

• Dans ses romans, les noms de rues ou de certains personnages sont des clins d'oeil à des amis ou à de la famille. Par exemple, pour Victor Coste, le prénom est celui de son petit frère et Coste est le nom le plus donné dans l'Aveyron, une région qu'il porte dans son coeur. Olivier Norek dit aussi qu'il a déjà tué sa mère et son frère dans ses romans, et qu'il tue toujours son meilleur ami dans les cinquante premières pages suite à un pari avec ce dernier. Mais il n'est pas le seul à faire des clins d'oeil, car il y aurait des rues comme rue Maréchal Norek, rue Norek dans les romans de certains amis auteurs.

• Olivier Norek cherche à montrer la réalité des faits. Les affaires présentes dans les romans sont réelles, peu importe lesquelles.

• De ce fait, l'auteur ne cherche pas à rendre certaines activités en tant que policier intéressantes ou excitantes comme on pourrait nous le faire croire. Par exemple, les personnages doivent faire des enquêtes de voisinage, mais ils le font non pas par plaisir mais par obligation. En effet, les enquêtes de voisinage n'ont rien de passionnant et sont même en réalité pénibles. La surveillance, c'est quatre ou cinq heures dans une voiture avec des bouteilles d'eau et des sandwichs pour finalement seulement noter deux ou trois phrases sur les allers et venues d'un suspect telles que "Monsieur/Madame sort à 18h15". Pour les enquêtes de voisinage, en Seine-Saint-Denis, cela se révèle souvent être un porte-à-porte dans un immeuble choisi avec par exemple vingt-trois étages avec dix appartements par palier, où les gens ferment la porte au nez, crachent, insultent ou frappent les policiers.

• Suite à une question plus en rapport avec son métier, Olivier Norek dit qu'il n'y a pas vraiment de "guerre" entre différents services de police judiciaire, mais plutôt entre policiers car il y a deux types de policiers : - le fonctionnaire qui pense à sa carrière et ne prend aucun risque
                      - celui qui pense toujours à la résolution de l'enquête et des victimes sans se soucier de sa carrière comme Coste ou l'auteur lui-même (Olivier Norek précise même qu'il n'a jamais reçu de félicitations dans son métier)

• L'auteur dit qu'il collabore beaucoup avec les gendarmes quand il le peut pour une enquête. Il les apprécie et s'est même dit que si un jour il devait tuer quelqu'un, il préférerait que ce soit les flics plutôt que les gendarmes qui s'occupent de l'enquête car les flics mettent "Affaire sans suite" au bout de six mois d'enquête tandis que les gendarmes continuent l'enquête en général.

• Par rapport à "Territoires", l'auteur a parlé du cas des avocats pénalistes qu'il n'appréciait pas du tout. En effet, le travail d'un avocat consiste à trouver le contexte et des circonstances atténuantes pour réduire la peine de son client, mais certains mentent en faisant tout pour prouver l'innocence du client alors qu'ils savent pertinemment qu'il est coupable ou que le client lui a même avoué son crime. Pour l'auteur, les avocats qui font cela deviennent des complices du criminel.

• Toujours en rapport avec son métier plutôt qu'aux romans eux-mêmes, une personne a demandé à l'auteur si la mafia avait d'une certaine manière une certaine utilité. L'auteur répond que oui, puisque finalement elle compense en créant une économie avec des revenus et des emplois pour ceux dont l'Etat ne veut pas s'occuper. Par exemple, autoriser certaines drogues créerait le chaos puisqu'il n'y aurait plus le moyen de faire un marché parallèle, et un nouveau marché se recréera à la place soit dans la vente d'armes à feu, soit dans les drogues dures, soit dans la prostitution, soir dans les rançons et kidnappings, qui malheureusement existent déjà, mais qui seraient alors intensifiés afin d'assurer une nouvelle économie pour cette catégorie de la population.

• Olivier Norek a choisi de faire le métier de policier parce qu'il voulait pouvoir lire dans les yeux de quelqu'un qu'il est utile, pouvoir se sentir utile. Il a d'ailleurs fait de l'humanitaire auparavant pour Pharmaciens sans frontières.

• L'auteur n'a pas était tant choqué par ce qu'il a pu voir à son arrivée au SDPJ 93 (meurtres, ...) puisqu'il avait déjà vu l'horreur lors de son action humanitaire puisqu'il est allé dans un pays en guerre.

• L'auteur n'a pas de problème par rapport à la vérité qu'il raconte à travers ses romans parce que la hiérarchie sait que s'ils le "punissent", il pourra raconter d'autres réalités dans un autre roman qu'elle ne veut pas voir au grand jour. D'ailleurs, d'autres personnes comme des juges lui ont même dit "Merci, enfin quelqu'un qui le dénonce" parce qu'eux-même ne pouvaient le faire sans risques.

• Plus en lien avec ses romans, Olivier Norek a répondu à une question en disant qu'il y avait un scénario prêt pour l'adaptation en série de "Code 93" et que cela marchait, il y aurait une saison 2 pour "Territoires et une troisième pour "Surtensions". Mais il y a aussi possibilité de faire un film sur "Surtensions" uniquement, l'auteur hésite encore sur quel support il va partir.


TEASER PROCHAIN ROMAN : 
• Lors de cette rencontre, Olivier Norek a lâché quelques informations à propos de son prochain roman. Le prochain roman ne comportera pas les personnages rencontrés dans "Code 93", "Territoires" et "Surtensions". Le nouveau personnage sera un enquêteur migrant étranger arrivant dans la jungle de Calais. Là-bas, il va se rendre compte que des homicides sont commis et va alors prévenir la police française, qui ne fera strictement rien. Alors l'enquêteur, avec seulement son "flair" de policier et ses propres compétences, sans l'aide de l'Identité judiciaire ni aucune technique d'enquête, devra se débrouiller seul pour résoudre cette enquête.
• Le roman doit paraître courant octobre 2017 et l'auteur en était arrivé à la page 49 le matin même de la rencontre.
• Il a eu l'idée du roman en se disant qu'il n'y aurait eu aucun homicide en un an et demi dans un lieu où vivaient près de dix milles hommes à en croire les médias. Olivier Norek trouvait cela invraisemblable et a décidé d'aller lui-même dans la jungle de Calais pour confirmer ou non son idée. Lors des deux semaines pendant lesquelles il y a vécu, où il a pu s'imprégner des odeurs, des lieux ainsi que comprendre les personnes vivant dans cet endroit, où il fut protégé par un groupe de soudanais, il y a eu trois homicides sans que la police n'interviennent. Il a alors voulu faire un roman sur cet endroit où les meurtres sont impunis.


Voilà pour l'essentiel de ce qu'a pu dire l'auteur de cette rencontre. C'était une rencontre très enrichissante où l'auteur n'hésite pas à répondre aux différentes questions et est plutôt proche des lecteurs. En effet, lors de la rencontre, il ne s'adresse pas seulement à l'animatrice de la rencontre mais aussi à son public et ne se montre pas distant avec les personnes présentes. Une rencontre donc enrichissante comme dit auparavant, sur ses oeuvres mais sur aussi des faits réels, sur la justice, ..., mais aussi très agréable à suivre. 
J'espère que la transcription des informations partagées lors de cette rencontre vous aura intéressé et vous aura plu !