jeudi 23 février 2017

[Chronique] Cadavre Expo - Hassan Blasim

Auteur : Hassan Blasim
Pages : 224
Titre original : Ma'rad al-juthath
Prix : 18,00€ (papier), 12,99€ (numérique)

Résumé : Il était une fois, dans les ruines d’un pays déchiré par la guerre et la terreur, des assassins transformés en artistes, et leurs victimes en œuvres d’art ; des soldats morts écrivant des romans d’outre-tombe ; des lapins pondant des œufs ; un sourire refusant de s’effacer d’un visage ; des couteaux disparaissant par magie ; des fantômes et des djinns ; des hommes cherchant par tous les moyens à fuir, sur les routes de l’exil ou de l’asile, l’effroi d’une existence tout entière régie par le théâtre de l’absurde et de la cruauté.

Les quinze nouvelles qui composent ce recueil déploient un univers d’une violence inouïe et d’une rare noirceur – illuminé cependant par l’enchantement de la poésie, de l’humour et de l’imagination. Entre le rire et la rage, l’insoutenable et le merveilleux, le trivial et le sublime, Cadavre Expo nous fait visiter le musée des horreurs de notre inhumanité quotidienne. Mais Hassan Blasim, jeune écrivain visionnaire, transcende l’atrocité pour nous offrir le tableau d’un monde carnavalesque singulièrement vivant.



""Comment pourrions-nous être libres alors que nous ne contrôlons pas nos rêves ? C'est vraiment n'importe quoi !""





   Dès la première nouvelle, on peut s'apercevoir quel est le type d'histoires qui suivront. Chacune des nouvelles ont pour contexte la guerre en Irak. Alors forcément, on ne va pas trouver des nouvelles où tout se passe bien, où les gens vivent dans le confort que nous connaissons.
   La première nouvelle nous parle dès le début de morts, de cadavres, de sang, ...Et celles qui vont suivre seront en partie dans le même genre.

   Il faut avouer que ce n'est pas le genre de nouvelles que l'on connaît, pas ce que l'on peut trouver en France ou aux Etats-Unis. En effet, les nouvelles pourraient être qualifiées d'étranges. Comme le présente par exemple la couverture, on rencontrera un homme qui ne peut enlever son sourire du visage dans l'une des nouvelles, ou encore la nouvelle avec les soldats morts qui écrivent des romans.
Chaque nouvelle met en scène des personnages totalement différents : des personnages naïfs, certains cruels et sans pitié, ou encore d'autres un peu fous. On a une panoplie très diversifié dans les personnages malgré que la plupart des personnages au centre de chaque nouvelle sont des hommes.

   Comme je le disais, les quinze nouvelles composant ce recueil ont un univers bien particulier où la terreur est quasi-omniprésente en temps de guerre, où c'est chacun pour soi, où vivre dans un taudis est le seul foyer qu'une famille ordinaire peut s'offrir. Un univers qui ne conviendra donc pas à tous le monde, par son étrangeté et par sa violence récurrente, même si cela a fonctionné pour moi.
   Il faut aussi souligner que c'est un recueil intéressant à lire. En effet, puisque les personnages vivent dans l'Irak en plein conflit, on apprend plus sur la situation que vit la population au quotidien. On ouvre les yeux sur ces choses que l'on ne sait pas toujours, et qu'on ne pourra jamais vraiment connaître réellement. On en sait aussi légèrement plus sur l'immigration, car dans deux ou trois nouvelles, le personnage principal quitte l'horreur de son pays pour rejoindre la Finlande, pays où vit à présent l'auteur. Un recueil qui nous apporte donc de nouvelles connaissances qui mènent d'ailleurs parfois à la réflexion entre la situation en Irak par rapport à le nôtre, où la vie est précaire et peut s'éteindre par la violence encore plus rapidement que chez nous.

   Pour les personnages, il est par contre difficile de s'attacher à eux, mais cela est lié au format du récit : les nouvelles n'excèdent rarement quinze ou vingt pages, ce qui ne laissent pas le temps de s'attacher aux différents personnages. Et de plus, l'étrangeté de certaines nouvelles ne nous permet pas de totalement comprendre ce qu'il arrive au personnage, donc de nous y attacher. En effet, lors de la dernière page tournée de quelques nouvelles du recueil, on s'arrête le temps de réfléchir à la chute et à ce qu'on a lu auparavant avant de commencer la suivante, ne sachant pas vraiment quoi en penser.

   L'auteur semble avoir une écriture poétique dans certaines phrases, mais il sait aussi nous dépeindre les choses parfois de manière crue : lorsqu'il s'agit de parler de sang ou de ce qui se rapporte à la sexualité (il "semble" seulement parce que la version lue n'est pas la version originale arabe et est donc d'une certaine manière l'oeuvre de l'auteur mais aussi du traducteur).


   Je dirais donc qu'en conclusion ce recueil sort des lectures habituelles, on ne sait pas trop quoi penser à la fin de notre lecture. Les nouvelles nous font parfois réfléchir à notre propre situation, face à la situation dépeinte de l'Irak par l'auteur. On suit différentes histoires avec différents personnages dans un pays en guerre où la violence est omniprésente, toutes plus étranges les unes que les autres, et ce par l'auteur qui a lui-même une écriture particulière. On peut passer d'une phrase philosophique ou poétique à une autre juste après bien plus violente ou crue. C'est un ensemble de nouvelles que j'ai apprécié découvrir grâce à la Masse Critique Babelio, mais il est vrai qu'il ne peut plaire à tout le monde. C'est une lecture particulière, et même si je recommande d'essayer, les personnages n'aimant pas la violence, ce qui relève de l'étrange ou du surnaturel par exemple, ne trouveront pas satisfaction dans ce livre.



lundi 13 février 2017

[Chronique] The Ones - Daniel Sweren-Becker

Auteur : Daniel Sweren-Becker
Pages : 336
Titre original : The Ones
Prix : 17,00€ (papier), 9,99€ (numérique)


Dans cette série, ce livre est le tome : 
• The Ones
• The Equals

Résumé : Cody a toujours été fière d’être une One. Elle et son copain James font partie du 1% de la population choisi au hasard pour subir des modifications génétiques à la naissance. Les Ones sont beaux, doués, en pleine santé. En d’autres termes, ils sont parfaits. Mais c’est loin de plaire à tout le monde. L’inquiétant mouvement Égalité persécute les Ones en les marginalisant chaque jour un peu plus. Jusqu’à remporter un procès qui rend leur existence illégale. Et tout à coup, être un One devient un danger de mort. Face à la menace, Cody se rapproche d’un groupe radical mené par Kai, jeune leader passionné et charismatique. Les Ones n’ont plus le choix : se battre pour défendre leur identité… ou disparaître.



"- Si on ne se bat pas pour défendre nos droits, qui s'en chargera pour nous ?"



   On découvre un monde où 1% de la population a été génétiquement modifiée afin d'être quasi-parfaite. On y suit Cody et James, tous deux des Ones, donc génétiquement modifiés. Seulement, dès le début du roman, on sent la tension grandissante entre les Ones, et les autres. Une tension palpable que les personnages du roman sentent grandir, et Cody va vouloir tout faire pour garder ses droits.

   On suit le personnage de Cody dans cette histoire, une jeune fille forte, indépendante et franchement têtue. Elle est aux côtés de James, son petit-ami, qu'elle va entraîner dans son combat pour les droits de tous les Ones, mais elle fait aussi la rencontre des Néo-Weathermen, groupe plutôt extrémiste composé exclusivement de Ones. Les personnages sont réalistes, particulièrement avec leurs ambitions humaines tout le long du récit. On se demande même : que ferions-nous et penserions-nous à leur place ? Mais malgré ça, je n'ai pas vraiment réussi à m'attacher aux différents personnages : Cody est souvent bornée, et se fiche souvent des conséquences sur la population non-modifiée (sauf les conséquences mortelles) lorsqu'elle prend des décisions pour son combat pour les Ones, James ne m'a donné aucune empathie et qui m'a même parfois donné envie de le frapper, tout comme Ky. C'est plutôt dommage.

   Le récit est très lié au réel : en effet, les manipulations génétiques pourrait très bien exister dans quelques années, certains chercheurs travaillent déjà sur ce type de projets. Tout le contexte du roman a une réalité assez étonnante mais qui pourrait être la nôtre : tensions entre les populations, attentats, peur, combat, ... Le récit ne part pas dans le fantastique, et nous confronte à plusieurs questions le long de notre lecture comme par exemple : Que ferions-nous à leur place ? Serions-nous contre ou pour les Ones ? Doit-on éradiquer les personnes génétiquement modifiées ? Des questions d'éthique qu'on est presque en droit de se poser tellement la fiction s'approche de la réalité possible de notre futur.

   L'histoire est rythmée, on le voit dès le prologue, on veut avancer afin de connaître l'issue du combat des Ones, quel camp réussira à faire entendre sa voix. Nous avons néanmoins quelques temps de pause afin de pouvoir souffler et comprendre la situation en constante évolution à laquelle sont confrontés les personnages. On en arrive presque à n'en plus savoir qui l'on veut voir gagner : les Néo-Weathermen aux activités extrémistes, le gouvernement qui veut exterminer les Ones, Cody ? Et lorsqu'arrive le final, on ne lâche plus le bouquin, afin de connaître l'issue du roman, issue qui ne laisse que supposer une suite attendue.


   En conclusion, des personnages réalistes, auxquels je ne me suis pas vraiment attachée, dans une histoire qui pourrait être une réalité future de notre propre monde qui nous laisse avec de nombreuses questions sur l'eugénisme, la modification génétique des personnes. On ne sait plus quoi penser dans le récit, si nous serions pour l'existence des Ones ou si au contraire nous serions contre. On repose le livre avec ces questionnements, et surtout on veut savoir ce qui adviendra des personnages dans le prochain roman ainsi que le sort des milliers de Ones qui reste en suspens lors de la dernière page tournée.


dimanche 5 février 2017

[Chronique] Code 93 - Olivier Norek

Auteur : Olivier Norek
Pages : 360
Titre original : Code 93
Prix : 7,40€ (papier poche), 7,99€ (numérique)


Dans cette série, ce livre est le tome (tous les tomes peuvent être lus indépendamment) : 
• Code 93
Territoires
Surtensions

Résumé : Un cadavre, émasculé, qui rouvre les yeux sur la table d’autopsie. Un portable qui se met à sonner dans le corps d’un jeune toxico, mort de brûlures inexplicables. Malgré quinze ans de terrain en Seine-Saint-Denis, Victor Coste, capitaine de police, se prépare au pire.
Et que penser de ces lettres anonymes qui dessinent une première piste : celle d’un mystérieux dossier, le « Code 93 » ?
Une piste qui, des cercles huppés parisiens aux quartiers déshérités, fera franchir à Coste les limites du périphérique, et de la raison…

« Un scénario qui tient en haleine jusqu’à la dernière page. Du grand art de polar. » L’Express

« On ressort bluffé par ce thriller. » Le Figaro (Coup de coeur de l’année)




"Longer les couloirs d'une PJ, c'est faire face à ce que l'homme recèle de pire en lui."




   On commence le roman par une reconnaissance négative du corps d'une jeune femme retrouvé en très mauvais état dans un squat. Et dès la fin du prologue, on sait que les personnages mis en scène dans ce passage auront une importance dans le récit.
Couverture grand format
   On découvre ensuite les différents personnages qui font partie de l'équipe que dirige Coste. Et on le découvre avec la découverte d'un premier cadavre, ouvrant alors le début de l'enquête du roman. Que cela soit Coste, flic célibataire, Ronan, qui cherche l'amour, Sam, le spécialiste des technologies ou encore la jeune recrue Johanna, on s'attache tous à ces personnages somme toute banals. Ce sont des personnes comme tout un chacun, de ceux que l'on rencontre tous les jours dans la rue. Chacune de leur personnalité permet un groupe hétérogène que l'on prend plaisir à suivre dans cette aventure qui se montre macabre dès le début.
   L'histoire elle-même prend du temps à s'installer et il faut attendre les cent premières pages pour enfin prendre un rythme plus soutenu. Dès lors, on cherche tous comme les héros de découvrir le meurtrier, et surtout les raisons de ses actes. Plus on avance, plus on découvre l'horreur que peint l'assassin, qui ne laisse rien au hasard : tout est calculé, et cela n'en est que plus terrifiant. Mais le récit ne reste pas seulement centré sur cette affaire, mais aussi sur une enquête parallèle non-officielle menée par Coste à propos du fameux Code 93. Chaque élément découvert à ce propos semble même incroyable. Les dernières pages nous happent dans l'intrigue, particulièrement dès lors qu'on suit certaines scènes sous le point de vue du meurtrier, pour qui on se prend même à avoir de l'empathie lorsque l'on connaît ses motivations. Malgré que la fin manque quelque peu d'action à mon goût, j'ai trouvé la fin totalement satisfaisante, en ne suivant pas le schéma habituel du polar lors de la confrontation finale entre l'un des héros et le meurtrier.
   La tension est palpable à chaque instant, et les lieux de l'intrigue n'y sont pas pour rien. On évolue dans la Seine-Saint-Denis, avec ses cités, ses dealers, et la violence, les trafics parallèles que cela suppose. On sait que les personnages prennent parfois des risques qui ne sont pas moindre, et on sait dès le début que l'univers sera sombre. On découvre alors les aspects de ces cités malfamées, mais aussi les revers des quartiers plus riches qui cachent leurs vices derrière leur apparent prestige.
   L'auteur nous mène dans cette histoire avec précision, sans longueur, aux côtés des différents personnages. L'ensemble construit est même d'autant plus frappant que l'auteur est lieutenant à la SDPJ 93 (Service Départemental de Police Judiciaire de Seine-Saint-Denis) et que ce qu'il raconte est proche de la réalité.

   En conclusion, le premier roman d'Olivier Norek nous mène dans un récit étonnant mais surtout addictif lorsque les cent premières pages un peu longues sont passées. On prend plaisir à suivre les différents personnages de l'histoire, auxquels on peut facilement s'identifier puisqu'ils sont finalement comme chacun d'entre nous, dans cette enquête qui n'est pas de tout repos, entre manipulations et révélations parfois très troublantes. Cela promet alors une suite tout aussi incroyable qu'on veut très vite découvrir, ainsi que d'en découvrir un peu plus sur les travers politiques d'aujourd'hui. Je finirais donc avec une courte phrase : qu'on m’amène le second roman !