lundi 13 mars 2017

[Chronique] Le sel de nos larmes - Ruta Sepetys

Auteur : Ruta Sepetys
Pages : 496
Titre original : Salt to the sea
Prix : 16,50€ (papier), 11,99€ (numérique)

Résumé : Hiver 1945. Quatre adolescents. Quatre destinées.

Chacun né dans un pays différent.
Chacun traqué et hanté par sa propre guerre.
Parmi les milliers de réfugiés fuyant à pied vers la côte devant l'avancée des troupes soviétiques, quatre adolescents sont réunis par le destin pour affronter le froid, la faim, la peur, les bombes...
Tous partagent un même but : embarquer sur le Wilhem Gustloff, un énorme navire promesse de liberté...

Ruta Sepetys révèle la plus grande tragédie de l'histoire maritime, qui a fait six fois plus de victimes que le Titanic. Cette catastrophe méconnue lui inspire une vibrante histoire d'amour, de courage et d'amitié.



"« Au moment même où l’on croit que la guerre nous a pris tout ce qui nous était le plus cher au monde, on rencontre quelqu’un et on se rend compte qu’on a toujours plus à donner. »"



Tout d'abord, merci à lecteurs.com pour l'envoi de ce livre grâce à l'événement #Explorateurs.

   On commence dès le début par un premier personnage féminin, un des quatre personnages que nous accompagneront dans leur aventure. 
   Nous sommes en pleine Seconde Guerre Mondiale, lors de l'hiver 1945 en Pologne et Prusse-Orientale. Nous suivons quatre personnages dans leur quête de sécurité, Joana, Emilia, Florian et Alfred.
   L'histoire est entraînante, en alternance entre les quatre points de vue. Cela peut sembler beaucoup, mais on se met vite à reconnaître les personnages par leur personnalité (et aussi parce que le nom de celui que nous suivons est indiqué en haut de chapitre). Nous vivons aux côtés des personnages, chacun avec ses propres objectifs, dans un contexte d'horreur et de douleur. Nous ressentons la peur, l'horreur et la réalité de la guerre par les personnages, on ne peut qu'être compatissant avec eux, nous voudrions pouvoir les aider. Nous n'avons pas le temps de nous ennuyer dans le roman, l'auteure délivre un récit qui n'a pas de temps mort et où chaque élément a sa place. A chaque instant, on se demande si les personnages vont survivre, s'ils vont réussir à atteindre Gotenhafen, le lieu où ils pourront espérer quitter le pays pour s'éloigner de la menace russe qui se rapproche à chaque instant.
    Mais ce n'est pas seulement une histoire d'exode, c'est aussi une histoire de la tragédie maritime, celle du Wilhelm Gustloff. Lorsque nous arrivons au point tragique mais imminent de l'histoire, on voit le destin arriver avec frayeur et fatalité, on ne sait plus à quoi s'accrocher. Tous nos repères s'effondrent et on vit la catastrophe avec horreur, ne sachant à quel endroit la mort frappera. Ce moment du récit nous chamboule particulièrement, puisqu'on a alors eu le temps de s'attacher à nombre de personnages.

Pour trois des quatre personnages, il s'agit là d'un exode vers une sécurité espérée, afin d'échapper aux Russes qui envahissent l'Allemagne et les pays voisins en pillant et tuant. Un but humain, que vont chercher à accomplir ces trois personnages afin de survivre à cette guerre. Mais pour le quatrième personnage, c'est différent. Nous le suivons en plein service pour le IIIe Reich et ses objectifs diffèrent de Joana et les autres, puisqu'il cherche surtout à être reconnu par Hitler lui-même comme un homme de talent supérieur à bien d'autres.
   On s'attache à la plupart des personnages, qui n'ont qu'une envie : survivre et s'éloigner le plus loin possible de la mort et du conflit. On ressent chacune de leur émotion : amour, amitié, tristesse, haine qui finissent par lier les différents personnages. En revanche, plus de réserve sur Alfred, qui d'une certaine manière me répugnait. Il est humain comme tout un chacun, mais son discours et sa manière de pensée m'ont frappé de stupeur. Mais malgré cela, c'est un personnage qui reste néanmoins essentiel dans cette histoire, puisqu'il permet de nous imaginer la manière de penser des partisans d'Hitler.

   L'auteure nous mène avec brio dans cette histoire aux côtés des personnages qu'elle a créé. On sent bien qu'elle s'est renseignée pour construire avec réalisme son roman, et nous donne des personnages et des situations qu'on s'imagine sans peine avoir fait partie de la Seconde Guerre Mondiale. A chaque instant, on sent la détresse humaine, qui nous touche profondément et nous donne envie de découvrir l'avenir des différents personnages page après page. Elles se tournent vite, avec une construction en chapitres courts : ces derniers ne dépassent jamais six pages et nous donnent l'impression d'avancer encore plus vite dans le récit plein d'émotions.
   Lors de la dernière page tournée, on reste quelques instants en suspens, en se remémorant les scènes d'horreur, la description de la catastrophe, l'action et le vécu des différents personnages. On revit en quelques secondes tout le roman pour enfin essayer mettre les mots sur ce qu'on vient de lire, sur ce qu'on vient, d'une certaine manière, de vivre. On se rend aussi compte qu'une partie de l'Histoire ne nous a pas été racontée, comme cette tragédie que nous partage l'auteure.


En conclusion, ce roman est un récit touchant, et plein de réalisme. On découvre l'horreur et la détresse qu'a engendré la guerre dans une histoire avec des personnages qu'on voudrait ne pas quitter et pouvoir aider, grâce à la plume experte de l'auteure. On ressort d'une certaine manière changé de ce récit, qui nous laisse en pleine réflexion avec soi-même sur la guerre, le destin brisé de millions de gens mais aussi sur la capacité effrayante de l'homme à créer l'horreur et la mort, et ce parfois sans scrupules.