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mardi 12 mai 2020

[Chronique] Thornhill – Pam Smy

Autrice/illustratrice : Pam Smy
Pages : 544
Titre original : Thornhill
Prix : 19,99€ (papier)

Résumé : Mary a habité là pendant des années. Entre ses murs, elle a vécu les pires moments de sa vie. Ella, elle, ne peut s'empêcher d'observer cet étrange endroit depuis sa chambre. La nuit, elle se demande ce qu'il cache. Certains ne voient en lui qu'un vieil orphelinat. D'autres sont au courant de son secret... Mais tout le monde connaît son nom. Thornhill. Dans la lignée des romans de Brian Selznick, encensé par Philip Pullman, le premier roman graphique de Pam Smy est un petit bijou gothique.








"J'ai décidé de m'enfermer à double tour. C'est le seul moyen de me protéger maintenant qu'elle est de retour."






   Je trouvais cet ouvrage très intriguant, sans chercher pour autant à me le procurer. Mais dès que je l'ai vu à le bibliothèque, je n'ai pas hésité une seconde !
Cette histoire porte sur un ancien manoir, que la jeune Ella peut voir depuis sa chambre, qui est en réalité un orphelinat à l'abandon.

   On est sur un livre un peu particulier puisqu'il allie moments écrits correspondant à des passages du journal intime de Mary dans le passé, et moments illustrés qui s'inscrivent dans le présent, sans aucune bulle ou texte, chaque illustration prenant place sur une double page.
   J'ai beaucoup aimé ce format singulier qui permet de s'imprégner de l'histoire et de son ambiance. Chaque fois, le dessin portait tout son sens, sans avoir besoin d'aucun dialogue avec une certaine dynamique qui s'installe dans les illustrations, ce qui est très agréable à découvrir. C'est vraiment des passages qui sont inscrits dans l'histoire, qui ont leur importance, et j'ai vraiment aimé voir comment de simples (en apparence) images peuvent véhiculer l'intrigue et son sens.

   L'histoire elle-même est dans une ambiance un peu sombre, un peu dans le genre des films d'horreur à l'ambiance pesante mais loin d'être gore pour autant. On est sur du gothique, cela est mené avec le genre d'ambiance que j'aime, et ça a clairement fonctionné sur moi. On retrouve l'influence qu'un lieu peut avoir, la folie qui peut surgir, un peu comme dans la série "The Haunting of Hill House". On est pris par l'histoire et par la tension qui règne, par les passages écrits qui nous permettent de nous immerger dans le quotidien de l'orpheline, de comprendre ce qu'elle vit et les sentiments qui s'en dégage, tout en ayant le côté pesant et insidieux qui s'installe.

   Pour ce qui est des personnages, je ne peux pas réellement parler d'attachement pour eux. Je trouve qu'il y avait une certaine distance entre les protagonistes et moi, tout en ayant envie de savoir ce qui se cachait derrière ces mystères autour d'eux. J'ai eu de l'empathie pour l'orpheline Mary, qui est au départ une jeune fille un peu à l'écart et douce, mais il y avait une certaine barrière entre elle et moi. Pour Ella, le fait de ne pas avoir de dialogue, je pense, a fait qu'on ne sait rien ou presque d'elle, ce qui est insuffisant pour que je m'attache à un personnage. C'est comme si nous étions une personne omnisciente qui fait partie de cet univers mais avec un voile qui nous sépare des événements et des protagonistes.

   Pour ce qui est de la fin, j'ai franchement bien aimé, je trouve qu'elle correspond totalement au genre mais aussi à l'histoire que l'on voit se développer dans les pages précédentes. 


   Pour conclure, un ouvrage différent de ce que j'ai pu lire jusqu'ici et que j'ai franchement bien aimé pour sa singularité. Je vous le conseille carrément si vous aimez les ambiances à la "The Haunting of Hill House", d'orphelinats étranges, et à l'allure plutôt sombre !



samedi 26 mai 2018

[Chronique] L'Homme gribouillé - Serge Lehman & Frederik Peeters

Auteur/Illustrateur : Serge Lehman & Frederik Peeters
Pages : 320
Titre original : L'Homme gribouillé
Prix : 29,95€(papier), 20,99€(numérique)


Résumé : A 40 ans passés, Betty Couvreur vit dans l'ombre de sa mère Maud, auteur de livres pour enfants. Pourtant, depuis des années, Maud subit l'emprise d'un terrifiant maître-chanteur, Max Corbeau. Betty l'apprend et se retrouve projetée dans une quête des origines en compagnie de sa propre fille, Clara. Voyage initiatique au pays des monstres et des merveilles avec au bout, peut-être, un secret venu du fond des âges.







"Il écrit un mot hébreu qui veut dire "vérité" sur son front, et le golem se met à vivre."





Merci aux éditions Delcourt et à lecteurs.com pour m'avoir permis cette découverte.
   L'Homme gribouillé est le genre d'ouvrage vers lequel je ne me serais pas forcément tourné, mais que j'ai vraiment apprécié.

   L'histoire nous emmène dans la vie de la famille exclusivement féminine des Couvreur, qui regorge de mystères tournant autour de l'aînée de la famille, Maud. Ce que va soudain découvrir Betty, ainsi que sa fille Clara, ce qui va s'ensuivre d'une quête sur les traces du passé de Maud. Mais ce passé semble plutôt étrange, puisqu'un homme-oiseau est à leur poursuite, sans empathie ni regret, à l'air plutôt dangereux.

   On est vite emporté dans ce récit, dans cette quête exécutée par Betty et sa fille Clara, qui ne sera pas sans encombres. On découvre à leurs côtés des éléments sur leur mère et grand-mère Maud, des éléments qui leur fait se poser des questions sur leurs propres origines, sur leur histoire familiale et sur Maud elle-même. On est pris dans l'intrigue, à vouloir savoir les motivations de l'homme-corbeau, les mystères entourant la famille Couvreur, mais aussi les réponses aux questions qui arrivent par la suite. On est pris dans ce voyage, un peu initiatique, avec les deux femmes, mais nous aurons aussi quelques scènes avec le mystérieux homme-oiseau.

   On pourrait penser au premier abord qu'il s'agit d'une histoire contemporaine sans aucun élément imaginaire, mais on voit vite que le fantastique et le fantasmagorique ont une place non négligeable dans le récit. On retrouve différents éléments de ce genre qui ponctue le récit, et font partie de quelque chose de grand, qu'on ne s'imagine pas encore dans les premières pages.

   Les différents femmes que l'on suit sont attachantes, que ce soit Clara ou Betty, voire Maud. Betty est une femme seule avec sa fille sans réels liens sociaux, qui semble se rechercher. On ressent un malaise qui l'habite et qui s'invite même dans ses cauchemars. Clara, adolescente, semble encore innocente, pleine de joie de vivre, qui n'a pas connu de coups durs jusqu'ici, et qui a hérité de l'imagination débordante de sa grand-mère. Cette dernière, bien qu'on la voit peu, est attachante aussi à sa manière, particulièrement dès lors qu'on connaît les raisons des choix qu'elle a pu faire.
Ces femmes sont le centre de l'intrigue, tout tourne autour d'elles, du début jusqu'à la fin.

   Les illustrations racontent à merveille cette histoire, toujours en noir, blanc et nuances de gris. Bien que je sois rarement attirée par l'unique noir et blanc dans les planches, cela correspondait parfaitement pour cette histoire. Elles étaient vraiment bien dessinées, avec des détails d'une finesse remarquable. On voyait notamment les animaux qui étaient superbes, mais aussi les petites marques de la vie qui passent, comme les rides. Cet ensemble crée une ambiance un peu étrange, mais aussi fantastique, en accord avec l'histoire, et nous permettant d'y plonger d'autant plus.

   La fin résout la plupart des questions que l'on se poser durant le récit, et surtout explique le passé et les choix de Maud. On est spectateur de quelque chose qui semble presque irréel, complété par la dernière page. Mais malgré ça, il est vrai que certaines des questions restent sans réponse, notamment quelques-unes tournant autour de l'homme-oiseau, qui peut ainsi nous laisser avec un voile d'incompréhension lors de la dernière page tournée.


   Pour conclure, j'ai franchement bien aimé cette histoire mais aussi les illustrations qui conviennent parfaitement au récit. Malgré quelques réponses qui restent malheureusement sans réponse, la fin répond en majorité à celles que l'on pouvait se poser, d'une manière fantasmagorique voire irréelle.
Une oeuvre que je recommande donc, bien qu'elle soit conséquente, tant au niveau des pages que du prix, achetée ou empruntée.